Knysna, The shadow

Ce bouquin tortille du cul depuis un moment sous mon pif sans trop me titiller ; le fait est que j’accorde à 99% de blogueuses autant de crédit qu’à un oxymore (vanne d’intello décontracté). Par contre, lorsque certains membres de ma secte – le nom hypocoristique qu’on nous a gentiment attribué, à nous autres vils gens -, notamment un mec barbu avec un blaze de pompes (si c’est pas l’archétype du sectaire, ça !), me l’ont recommandé, j’ai dû me résoudre à sauter le pas, et mon repas de midi (et ma cousine, accessoirement).

Plutôt que vous servir le facsimilé d’une quatrième de couverture suffisamment obvie, et d’une grande puissance au demeurant, je vais aller direct à la quintessence du tissu, et brièvement. Promis, plus bref, c’est moi sur le croupion d’Alexis Texas.

Knysna est un roman noir, vous pouvez vous le poinçonner dans le ciboulot, qui débute pied au plancher, autant pour servir de buccodéridant que d’invitation à poser ovaires et viscères sur le tableau de bord, attacher ceinture (de chasteté) et importance aux détails, puis s’arcbouter au volant, parce que ça ne compte pas caresser l’asphalte et causer hirondelles et beau temps pendant le trajet.

Dans un roman, si, en découvrant les personnages, le lecteur n’a pas l’impression d’épier sa génitrice entrain de se payer, de ses doigts décatis, une escapade interstellaire, c’est qu’y sont fagotés. L’auteur a réussi son coup lorsque le zigue derrière ses binocles s’invite dans leur intimité, s’incruste dans leurs âmes pour comprendre leurs tourments, leur bourrèlement ; lorsqu’il assiste malgré lui à leur étisie morale, leur décrépitude intérieure, jusqu’à en devenir embarrassant ; lorsque suivre leurs aventures lui procure autant de plaisir que d’affliction, mêlée de culpabilité ; une culpabilité corrosive, parce qu’il se sent concerné, même impliqué, plus responsable de cette gymnopharia que spectateur impassible et impuissant ; lorsque le simple fait de les voir baguenauder lui paraît indécent, comme s’il violait leur intimité, parce qu’il ne s’agit plus de simples chimères sorties de la caboche d’une artiste à l’imagination fertile, mais d’entités à part entière, d’individus bien vivants.

Odehia fait de la psychologie des personnages son terrain de chasse et du silence son aiguisoir. D’ailleurs, comment instaurer le silence ? (en fermant sa gueule ?). Soit, mais, pour un bouquin, rabattre son caquet ne me semble pas très indiqué, à moins de se résoudre à imprimer 400 pages vierges. Alors comment, bord d’aile de merle, le maintenir tout en clabaudant ? Là se trouve le talent de Nadaco. Des brise-langues, des nantis ; des non-dits qui en disent long. De distance en mots distors ; de discorde en distance, elle instille une voix muette au service d’une sourde gradation menée clairons discrets. D’une voix effacée derrière un frimas de mutisme, d’un éclair ouaté, d’une brillante absence, elle en fait le point névralgique d’un édifice imperturbable, la clé de voûte d’un château de sable peu inquiété par la brise. Une performance qui force à se sortir les paluches de la croupe et applaudir.

Vous pouvez oublier les 12.000 rebondissements usuels dans le genre ; nul n’est pris en traite dans ce bouquin. J’ai flairé le dénouement comme j’aurais flairé le butane s’échappant du conduit, mais je ne pense pas que l’auteur ait souhaité créer un effet de manche sur ce point précis ; je l’ai plutôt perçu comme le prodrome d’une déchéance inéluctable, lui-même résultante d’un ensemble de faits dans le spectre de la causalité ; une parfaite illustration de la liaison cause/effet, liaison qui ne prend sens qu’une fois l’effet exécuté ; ce qui constitue une autre particularité de ce bouquin : le final. Pas la conséquence logique d’une suite d’évènements, du genre qui tombe sous le sens au vu et au su de tous, ni le jet d’une fulgurance impromptue, comme un pet foireux coulant le long de la cuisse, pour faire drama ; mais un final majestueux qui vous laisse songeur, torturé (j’ai précisé que les personnages faisaient un déplacement freudien sur vous), sur le cul, littéralement ; une fin qui suscite des questions, sur le coup, mais aussi le jour d’après, et le jour d’après, encore et encore ; une conclusion en apothéose, telle la touche finale d’un brassage subtil entre un Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov et Les préludes de Franz Liszt.

Pour chipoter, primo, mademoiselle Nadaco subordonne. Trop. Y’a pas mort d’Eduardo mais si elle pouvait se calmer sur ces brimborions, mes exquises mirettes lui en seraient reconnaissantes. Les conjonctions de subordination, les participes présents, les adverbes, toussa, c’est comme les flatulosités, on n’a pas trop le choix, mais quand y’a moyen de les éviter, faut pas se priver ; secundo, on en a déjà parlé, mais étant donné que ça me troue toujours autant le canal cholédoque et que la madame en a usé : les phrases qui débutent par les conjonctions de coordination. Proust eut beau en user, Maupassant eut beau en user, Sexy boy eut beau en user, qu’il n’eût pas été plus légitime. « Il me faut un verre. Et une chatte ». Mais non ! (Preuve que l’habitude nous vient du langage oral). Si comme ça, au milieu d’autres phrases, cela vous semble acceptable, imaginez la toute première phrase d’un roman. « Et l’histoire commença », ou mieux « Mais j’aime les licornes », ou encore mieux  » Ou je suis un homme ». Toujours aussi légitime ? Ces outils n’existent que pour RELIER des éléments de même nature ; or lorsque l’on pointe (comprenez mettre un point, vicelards !), on rompt la liaison entre les propositions ; donc non-sens. Voilà. Après, je dis ça juste pour me donner un air intelligent, hein, faut pas croire.

Pour le reste, désolé, je ne sais pas causer la blogueuse, mais j’ose espérer que tout le monde a compris qu’Odehia a du talent pour trois, et un potentiel certain ; que ce bouquin est intense, rythmé comme il se faut et savamment bâti ; et sa plume empreinte d’une musicalité comme on en trouve rarement. Sinon, j’aime à considérer mes retours comme les premiers filtres à lecteurs un peu ganaches pour les bouquins qui en valent la peine. Me remerciez pas.

Bref, bouquin certifié par Sexy boy. Vous pouvez y aller en toute sécurité.

Sexy playlist :

  • Shéhérazade (évidemment, pour le final)
  • L’île de la mort, Rachmaninov
  • Quatre saisons, Vivaldi.
  • Les préludes, Franz Liszt

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