Le supplément d’âme, supplément fromage

Bon, je sais, j’avais dit que j’arrêtais ces conneries, mais celle-ci, comme le bloc dans ton rectum ou mon nectar sur ta binette, il fallait que ça sorte.

On va faire simple et vite.

Mathieu Biasotto, de ce que m’en ont conté les langues spumescentes et dégoulinantes d’excitation de lecteurs effervescents, fait office de pape du thriller Amazonien ; c’est le fils prodige de l’indésphère, disent-ils, le Rambo de KDP, le Dracula des temps modernes, le loup de Wallstreet (à moins que je ne confonde avec un autre ; auquel cas je prierais l’assistance de bien vouloir considérer ma résipiscence) ; et moi, tu sais, je refuse de claboter ignare ; c’est un coup à nicher en enfer entouré d’énurétiques pansus, lecteurs de Houellebecq et téléspectateurs de TPMP. Alors, telle une roulure en paréo moulant et escarpins vermeils, vierge de toute expérience, tutoyant la nuit en quête de bazookas Africains, je me suis étalé de tout mon long (mon large étant dérisoire) sur la brouuussailleuse production du gonze, puis laissé affrioler par la poésie de ce titre : Le supplément d’âme. Hmm… En prime, j’ai cru lire « Lecteurs unanimes » en préface (ou j’sais pas comment qu’ça s’appelle, cette page) ; de quoi enrober le bordel.

J’suis toujours exalté à l’idée de feuilleter l’incipit du livre d’un auteur dont je découvre la plume ; l’excitement propre aux toutes premières fois, nulle doute, mêlé à celui, le cas échéant, de la trouvaille d’un style nouveau, d’une patte et d’une atmosphère encore pucelles de mes sublimes mirettes. Qu’elle fut grande, ma désillusion, après lecture des lignes introductrices de ce bouquin qui a la particularité de copycat, avec la docilité de la binoclarde farouche assise au premier rang, tous les ingrédients de la sauce Thriller 2.0 : cette rafale ininterrompue de phrases hachées à la tronçonneuse (si si) au service d’une tension fantasmée, bas les mots et leur sens, leur nature, leur adéquation par rapport à ceci, leur congruence par rapport à cela ; vous voulez du suspense pour votre bouquin, optez pour la mini-phrase, garantie gobe-mouche et 100% bio ; il faudrait que quelqu’un signale à ces m’sieurs que cisailler ainsi des phrases qui ne valent, ab initio, pas plus que des pets de sansonnets n’apporte strictement rien, si ce n’est l’impression de se taper une liste de courses, et pour ça, je ne crois pas qu’on ait besoin d’écorner son gousset, hein, si je puis me permettre ; ces fulgurances de fins de chapitres qui tombent comme ça, paf ! plouf ! tels des coprolithes dans l’océan ; ce matraquage infructueux – et dieu harassant – de qualificatifs tout faits : les taches sont toujours sombres, c’est connu, le bruit strident, toujours, les battements atroces, évidemment, le silence absolu, toujours toujours, le grincement sinistre, encore et toujours etc… et je passe volontiers sur les expressions typiques style « mon sang se glaaace » et autres bondieuseries. Il y a une sorte de tradition dans l’univers du thriller 2.0 qui me fascine : celle de la recherche systématique de formules complètement perchées sous couvert d’imagerie ou de littéro-mania, qu’en sais-je ?! J’imagine les bougres : « Hey les gars, venez on s’fait une compèt’ : celui qui sort la formule la plus WTF gagne ». Ç’en donne de bien hilarantes.

« La souffrance se répand comme de l’acide dans mes veines, brûlure vive et corrosive qui tord mon ADN ». Deux pour le prix d’un. J’aimerais voir cela, moi, la torsion de son ADN. Au passage, Bragelonne, si tant est que tu sois derrière, on te remercie pas d’avoir fait remplacer « Je parle de la sensation ignoble de baigner dans du napalm et d’y être sanglé » par « J’ai l’impression que le feu me consume, que des cendres chaudes m’envahissent le thorax » et les billevesées suivantes. Il faut faire comme ça se fait, hein, j’imagine ? Dans le genre all done, on a aussi « Elle galope à perdre haleine jusqu’à mon niveau, comme si c’était une question de vie ou de mort ; elle pleure toutes les larmes de son corps ». Quelle tristesse ! À l’avenir il faudra lui rappeler de ne pas tout de suite épuiser son forfait lacrymal. Comment qu’elle fait pour pleurer après, hein ?! Sans oublier ces petites phrases à effet tadam ponctuées de suspension marks pour lesquelles je voue un culte sans nom : « L’enterrement que je regarde… C’est le mien ». Mouhahaha.

Premier point donc pour dire qu’il n’y a aucune personnification dans l’écriture ; j’ai cherché en vain quelque altérité par rapport à la vague dans l’élocution susceptible de justifier l’engouement collectif. En gros, l’auteur fait du Thriller 2.0, quoi ! Comme les copains. Tout simplement. De vous z’à moi, je trouve, dans cette nouvelle façon de vendre des histoires dans lesquelles le lecteur est pris pour une tarte, une espèce de charlatanisme. M’enfin, hier encore j’entendais – d’une oreille évasive, bien entendu – ma voisine s’exclamer en des termes semblables à « oh oui, vazyyy, traite-moi comme une chienne, ouiii, comme un animaaaal ! », donc bon…

Venons-en à l’histoire. Thomas Garnier ouvre les paupières sur une scène d’un surréalisme digne de Spielberg ; il découvre *avec effroi, bouh* un corps inanimé allongé sur l’asphalte. Après moult circumambulations – histoire de donner à l’auteur l’occasion de placer toutes les formules imaginables susceptibles d’exprimer l’épouvante – il comprend. En fait. Ce corps démantibulé. Là. Sur le bitume. En vrai. En vrai vrai de vrai… C’est lui. Tadam ! Il se trouve donc dans une sorte d’état transitoire, entre la vie et la mort, où il sera mis face à ses actes, face à son passé, passqu’en prime… plouf… y s’rappelle pu de rien, le cuistre.

Ça fait pastiche comme ça, mais c’est ainsi qu’est monté le bordel. Le récit m’a fait l’effet d’un sketch guatémaltèque. Une impression confortée par le caractère absurde des dialogues ; point n’est besoin de confabuler longtemps, imaginez des conversations entre Oui-Oui et Bob l’éponge et vous avez leur tenue.

PAR CONTRE, J’AIME LE THÈME (ne voyez, dans cette phrase, rien de plus qu’un sombre et triste kakemphaton). J’aime ce brin de surnaturel qui s’immisce dans la matrice des romans noirs, ce saupoudrage feutré de paranormal qui apporte une dimension quasi-spirituelle au récit (spirituelle au sens purement grammatical du terme, cancre !). Donc, de Biasotto, j’suis client. Mais va falloir me servir mieux que du pipi de chaton, quand même.

En bref, passque je n’ai pas toute la journée, nous avons ici un récit exempt d’intensité porté par une écriture cursive et amniotique, une juxtaposition d’énoncés sans réelle accointance, une fureur opiniâtre à la limite de l’acharnement sur des détails déjà flagrants à en agacer l’équanimité-même, une verbigération digne de l’âne dans Shrek – du gloubi-boulga, quoi -, une vacuité abyssale dans la psychologie des personnages (le protagoniste est un véritable loque, I swear), etcétéra etcétéra…

À la fermeture de ce livre, j’ai esquissé le regard attendri et nanti de dédain maladroitement jugulé de la jeune dame, mi-souriante mi-gênée, après un coït record ; tu sais, ce regard chafouin susurrant un « c’est pas grave » joint d’une tape à l’épaule.

Vois-tu, j’aurais aimé jouir de cette découverte, crier au génie, écrire un panégyrique irrigué par une rivière de superlatifs, entrelardé de petits cœurs ici-et-là ; je me suis offert à lui, entièrement, dans l’espoir de me faire défoncer le gésier, mais rien, pas même un toucher rectal, niet, wallou ; un véritable crève-cœur, ce Biasotto, j’en suis tout obcordé.

Évidemment, mon avis doit être considéré comme la sacro-sainte et irréfragable vérité acclamée par tous au risque de se voir infliger des supplices du style ablation des poumons, circoncision des vertèbres, friture de l’œsophage ou d’autres trucs glauques dans le genre. Merci.

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