L’enfer, c’est « Les Autres »

Amateurs de funestes fresques zombiesques, friands d’univers caricaturalement chaotiques dans lesquels sévissent, sans raison autre que l’incoercible envie de mâchouiller de l’humain, des créatures venues d’outre-tombe ; aficionados de castagnes injustifiées, d’hobereaux se pavanant gorges tranchées, tripailles à l’air, à l’affût de la moindre esquille : ce premier tome n’est point pour vous.

Les Autres fait partie des 5 bouquins retenus pour la phase finale des sélections de la session 2018 du Prix des Auteurs Inconnus dans la catégorie Imaginaire à laquelle je fais l’honneur de profiter de mon légendaire sex-appeal. Ça va, jusque-là ? Je vous prierais de faire un signe de la main si jamais poindrait, suite aux tournures embarbouillées et tant décriées de mes phrases, quelque malaise susceptible d’entraîner suffocation. Merci.

Comme vous (pour une fois), je me suis imaginé une histoire gratuitement crado à la Walking Dead. Entre le titre, le pitch et la couverture, il y a de quoi, me direz-vous. Alors, autant la gracieuse barbarie de la saga Wrong Turn a réussi à me filer des orgasmes au point de complètement tremper mon string, autant les bouquins dits horrifiques me laissent, généralement, de marbre et, bien souvent, la vacuité caractéristique de ces trucmuches a fâcheuse tendance à me gaver. À mon grand étonnement, j’ai plutôt découvert Soen, une petite graine de sous-truanderie, meurtri par sa tante Judith à l’âme flétrie par ses ressentiments ; son existence régie par le mépris de cette mère de substitution ayant, pour unique offrande, un gousset de haine et de rancœur. Le tout dans un univers post-apocalyptique dont le revers ne se dévoile que tard dans l’histoire.

Ce fait représente, d’ailleurs, ma première réjouissance à propos de ce bouquin. Plonger le lecteur dans cette atmosphère d’un calme oppressant, aux aguets, le traîner dans les ambages de l’esprit de Judith, dans les méandres des tourments de Soen, à l’en faire oublier l’incertitude perpétuelle, cette épée de Damoclès en permanence au-dessus de son crâne, cette chape de béton menaçant de s’abattre à tout moment. On sait que les Autres existent, on sait que seul un mur les sépare des humains, on sait qu’ils entreront en scène, à un moment ou à un autre, alors on guette, à l’affût du moindre signe annonciateur, on mordille les pages, une après l’autre, on scrute minutieusement pour ne louper aucune miette de l’instant précurseur, mais l’auteure a su mener sa barque de façon à ce que le lecteur se soustraie de tout le reste et se focalise sur ce petit bonhomme, accentuant la tension pour une plus grande surprise. Comprendre son parcours pour mieux appréhender la suite. Efficacité.

Lorsqu’elle rime avec ténacité, des petites perles se créent. Ce deuxième facteur est curieusement grand absent de ce roman. Je ne saurais lui reprocher la droiture du ficelage de son intrigue, ni le cisèlement des chapitres, courts et rythmés, ni même le soin apparent du récit. Mais une impression de manque confortée par la trivialité de certaines scènes s’expliquant soit par un besoin d’édulcoration dans le but de contenter le public cible, soit par un essoufflement, une baisse de régime tout ce qu’il y a de plus banal. Ce premier tome représente l’incipit de la saga ; il est, de ce fait, relativement court. Excellent choix, au demeurant. Une fois de plus, rien à redire sur la construction, mais sa petite taille devrait offrir plus de marge à son auteure pour condenser et corser le bordel. Souvent, elle se contente de relater, et Dieu sait qu’il me faut de la rondeur et des bim bam !

Le récit manque de rugosité. Péché mortel.

Ceci ne m’a point empêché d’apprécier ma lecture car le protagoniste est une entité à part entière. Dans un bouquin mettant en scène des créatures surnaturelles, on s’attend, par défaut, à rencontrer le brave héros qui n’a froid aux yeux que lorsqu’il met du mascara – qui qui pète la gueule aux zombies, sinon, hein ? Ici, pour souligner une autre particularité, ce greluchon est une tafiole, comme dirait l’autre, un pauvre petit pou insignifiant dans ce microcosme. Une vierge éplorée. De quoi caresser l’empathie des individus pourvus de cette saleté. Moi, il m’a, tout au plus, agacé, mais j’apprécie l’effort psychologique. Ça en fait un personnage digne d’intérêt.

Bon, bon, c’pas tout ça, mais j’ai une soudaine envie de me taper la cloche. Un cerveau humain, pourquoi pas, tiens. Vous l’aurez compris – ou pas, comme d’hab -, ce bouquin vaut le détour mortel. Un premier tome bien construit, une plume délicate, un récit soigné et une fin, fine mise en bouche pour un second tome qui s’annonce encore plus intéressant. Ça m’en ferait presque oublier la forme. J’ai dit presque. Si jamais, un jour, le fond me fait zapper la forme, je vous autorise à traquer et occire ce pirate informatique de pacotille.


Sexy Playlist :

  • Sympathy for the devil, The Rolling Stones
  • Stairway to heaven, Led Zeppelin
  • Human, Rag’n’bone man

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