Le carnaval des illusions de Jo Rouxinol

​Retour sur Le carnaval des illusions de Jo Rouxinol. Je vous prie d’excuser d’avance, chers lecteurs, les circonlocutions de mon esprit emberlificoté. Merci.

Parenthèse, ça commence, comment expliquer le fait que ce livre n’ait pas déjà rencontré 10.000 lecteurs ? Non, parce que si l’on se base sur le système des plateformes de ventes qui consiste à proposer les premières pages pour se faire vision, ça laisse dubitatif : la toute première page de ce bouquin suffit à s’y immerger in extenso, j’ai rarement été aussi enthousiasmé par une introduction à l’apparence gracile. Ou alors les lecteurs n’ont jamais eu vent de son existence, hein ? Oui, ça doit être ça. Heureusement que je suis là.

Oyé oyé chers lecteurs, c’est pas marqué dans les livreuuuuuh, mais Le Carnaval des illusions, ça existeuuuuuh…  Une expression de la vie dans toute sa platitude ; une esquisse à la fois bête de trivialité et lourde de complexité de deux sociétés diamétralement opposées dans leur essence même ; une quête d’aventure sur les traces d’un amour rêvé, d’un rêve dévoré ; une fresque de désirs enfouis, épris d’indépendance, de fragments de souvenirs à jamais suspendus dans le temps ; l’Odyssée d’une jeune femme en quête d’identité, entre Paris et Rio de Janeiro, bercée par le velouté de ses illusions, écorchée par la flagrance de la réalité. Bref, du réalisme dans toute sa splendeur. Hum… sentez-vous frétiller ce nerf gustatif Gustavien ? Oui oui, celui-là même.

Pécores avides de fadasseries émaciées ou chambards prolixes s’abstenir.

Bon, on va essayer d’être plus scolaire, askiparait on comprend pas grand chose à ce que je débite. Vous y croyez, vous ?

Jo Rouxinol peut s’auto-congratuler pour avoir réussi le tour de force d’offrir une fulgurante immersion à vide – sans pression, pour les moins mécaniques – dans les limbes de son univers. Avec ce bouquin, vous n’aurez pas le temps de poser votre derche que, déjà, vous vous surprendrez à aimer ce fuselé résidu de gouape que sa génitrice aurait mieux fait d’avaler pendant l’acte impudique qui a scellé son existence, cette voix narratrice suave et chaude, on dirait la mienne, paradoxalement effacée derrière ce cadre pittoresque, cette Eva, candide et fougueuse du haut de ses 25 balais, fondue dans un décor qui lui donne vie sans qu’elle n’en soit l’épicentre. Oh Esprit Bovarien, toi qui dépèces les âmes et leur insuffles ton essence, une identité réelle, une psychologie certaine, aussi profonde que la gorge de Katsuni, aussi sordide que le meilleur des humains. Puisses-tu perdurer à jamais. Amen.

Le carnaval des illusions, c’est aussi une belle histoire d’amour traitée avec douceur et originalité.

« J’ignorais que cela pouvait venir comme ça, d’une manière insidieuse qui n’éveille pas la méfiance. Dans la simplicité et la légèreté, pour commencer. Dans l’envie de tout se dire, de tout montrer, laquelle se mue bien vite, s’il l’on n’y prend garde, en une folie sacrificielle qui pousse à se dépecer soi-même pour offrir à l’autre un cœur palpitant, sans fard ni enrobage »

Remarquable, je trouve, admirable se doit d’être, cette habilité, propre à une pincée d’auteurs, à traiter des thématiques usitées, ou pire, à cueillir des sujets d’une banalité relative et les magnifier, là encore, parfois sans y apporter quelque coquecigrue ni quelque moralité dirimante, mais un simple regard, puis cette facilité de donner vie et consistance à des personnages convenus qui, à mille lieux des deus ex machina, ne passent point les leurs, de vies romanesques, à en sauver, ni à guérir le monde à coups de salves impromptues. Limite – et là je vais citer une célèbre philoshophe du nom de Samantha Cortenbach – on pourrait les voir tourner en rond, manger des mouches, on adorerait quand même, parce que s’élance, entre les lignes fines, une douce mélodie, parce que réside, dans la vacuité de l’âme peinte avec grâce, une certaine poésie. Je sais, j’ai une âme de poète. Tout est dans l’esquisse.

Pour rester sur la forme, deux procédés stylistiques tirent leurs épingles du jeu des plus grand récits tant dans la construction globale que dans le ciselement des scènes. D’un côté, vous avez un Balzac ou un Zola – dans une moindre mesure – qui va, de prime abord, offrir un dépaysement généralisé, une vision détachée de la scène, commencer par peindre le décor, infiltrer le climat, décrire l’environnement, les douces pétales qui jonchent le jardin, le joujou cramoisi posé là, on ne sait pas pourquoi, pour ensuite y glisser crescendo un personnage après l’autre, eux-aussi, brossés méthodiquement, de leurs morphologies à leurs traits d’esprits respectifs puis, seulement après cela, les mettre en action. Un procédé qui rebute souvent la populace à cause des longues descriptions passives que cela implique. De l’autre, vous avez un Flaubert, plus intrusif, qui va dégueuler la scène et toutes ses variantes sans jamais daigner la compartimenter pour offrir une fresque où actions et descriptions s’entremêlent. Dans ce procédé, plus immersif en général, subtilité se doit d’être maître mot pour éviter les « Julie aux yeux bleu-azurs et à la gorge profonde jette un regard noir sur Mathieu aux cheveux châtains à califourchon sur un gode vert-citron » nieunieu que l’on voit çà et là. Vous voyeeez ? Bon nombre de contemporains, dans le souci, sans doute appréciable, d’épargner aux lecteurs d’entières pages descriptives, empruntent cette voie et, bien souvent, y laissent leurs plumes. Au sale comme au figuré. Un bon point pour la Rouxinol qui s’y prend comme un rossignol. *Une chronique de Sexy boy sans une bien pourave, est-ce une chronique de Sexy boy, hein ?*

Tenez, au hasard.

« Soudain, son corps semble légèrement s’affaisser, comme vaincu par une grande lassitude. Même son visage se détend, la bouche crispée se relâche, les bras ballants tombent mollement le long du corps, et je crois un instant qu’il va éclater en sanglots. Il balaie toute la salle du regard : les élèves médusés, ceux qui esquissent un sourire amusé dans lequel pointe déjà la déception, les taches de moisissures au plafond, les fenêtres aux vitres sales, dépourvues de rideaux, l’extérieur où dégouline, imperturbable, la pluie hivernale. Il observe tour à tour Mme Gaudet recroquevillée, le tableau où la dernière phrase s’est achevée sur un mot incomplet mutilé par une grosse traînée noire, le feutre Veleda qui a roulé au sol. Ses yeux croisent les miens : il semble perdu. »

Extrait pris au hasard, une petite scène de rien du tout, mais assez représentative tant de la légèreté que de la beauté de la plume ainsi que de ce style intrusif. On n’est pas dans l’étalage de longs-grands-gestes-mots ni dans du lâché de formules prémachées. L’écriture de Rouxinol, c’est le refus du trop par le trop qui parle trot et part tôt. C’est fin, précis et juste succulent.

La petite bête ! La petite bête ! Pour les plus chiants des lecteurs. Mademoiselle Rouxinol endigue son flot, la contenance est manifeste. Soit elle se bride volontairement, soit elle souffre réellement de la foulonite ou le syndrome de la prof conformiste, académique sur la moindre envolée. J’imagine qu’il ne doit pas être facile de s’en détacher mais je m’en tamponne le coquillard, je veux la gouache à peine réprimée que je perçois entre ces lignes. Ça reste propre, et bien au dessus de la mêlée turn over, mais faut que ça pousse, qu’elle se salisse un peu les mains, quoi ! J’suis certain qu’il y a matière à fomenter une connerie qui laisserait une empreinte dans la lignée des pionniers du Réalisme.

C’est bon, j’estime vous en avoir assez dit quoique quelques points n’aient pas été abordés. Comme les effluves du Brésil répandues passionnément, le parfait dénouement et j’en omets. Je préfère vous laisser découvrir tout ça. Moi, je vais m’amuser à mettre des extraits pasque c’est beau. Gnihiihiii.

À LIRE D’URGENCE !!!

Playlist :

  • Mon enfance, Barbara
  • Piano concerto No 2, Rachmaninov
  • Bruch violon concerto No 1, Max Bruch

2 commentaires sur “Le carnaval des illusions de Jo Rouxinol

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