Elles – Lisa Lutz

Éditeur : JC Lattès/Le masque

Genre/Thème : Suspens/Thriller


​ »Ce n’est pas moi qui l’ai tué. Je n’ai pas d’alibi. Vous allez devoir me croire sur parole. »

Il n’en aura pas fallu plus pour me persuader de plonger tête baissée dans ce bouquin qui augurait un univers fort déjanté. Il ne s’agit pas d’un thriller à proprement parler, mais d’un roman à suspense mettant en scène une héroïne aux multiples facettes qui saura vous entraîner dans les abysses de son périple et vous procurer le plaisir de la voir marivauder avec son destin.

Lorsque Tanya Dubois découvre le corps inanimé de son époux au bas des marches de l’escalier, un brin de compassion naît, l’espace d’une nano seconde, dans le cœur du lecteur. Mais – parce que mais il y a – Tanya fait aussi office de narratrice. Elle attise tout de suite la suspicion de par sa locution truculente jalonnée d’humour et de sarcasme, faisant preuve d’une décontraction inopinée, compte tenu de la situation. Si tous les soupçons pèsent désormais sur elle, le lecteur ne s’en attache pas moins. Au contraire, il demeure suspendu à ses mots et quelques fois tordu de rire sur ses réflexions. J’avoue.

Cela me paraissait un moment bien choisi pour lui dire adieu. Je me suis servi un shot de son bourbon préféré, me suis assise dans son fauteuil en imitation daim et j’ai bu un coup en l’honneur du défunt. Au cas où vous vous poseriez la question, ce n’est pas moi qui l’ai tué. Je n’ai rien à voir avec la mort de Franck. Je n’ai pas d’alibi, alors vous allez devoir me croire sur parole.

J’ai roulé encore une quinzaine de kilomètres jusqu’à une petite ville nommée Milford, où j’ai trouvé un motel nommé Motel, qui semblait être le genre d’établissement où l’on ne refusait pas une transaction en liquide. […] J’ai dormi huit heures d’affilée. Si j’avais été coupable, est-ce que j’aurais pu ?

Impossible. On te croit sur parole. On vient de se rencontrer et tu inspires grave la confiance. Vous suivrez, amusés, les aventures de cette femme essayant comme elle peut de vous convaincre de son innocence. Elle n’a rien pour le prouver, vous allez devoir lui faire confiance. Tanya ne perd pas une seconde et prend la fuite. Pourquoi ? L’aurait-elle vraiment tué ? Pas possible. Elle a affirmé le contraire. Aurait-elle quelque chose à cacher ? Certainement. Mais quoi donc ? À vous de vous coltiner la corvée.

Vous l’aurez compris, les premières lignes de ce bouquin scellent la rencontre avec ce personnage au caractère bien trempé résolument sujet à une fulgurante évolution au fil des péripéties. Elle parvient, à elle seule, à palier – à grand coup d’amarres verbales – la superficialité de tous les autres. Un démarrage sur les chapeaux de roues qui donne du rythme à ce récit déroutant à souhait. Rythme que j’ai inopportunément vu s’étioler graduellement avant de se revivifier vers la fin.

Pendant ma lecture, j’ai souvent eu l’impression de lire un script de film. Il me paraît difficile de ne pas se laisser engourdir par ce récit grandement descriptif qui, je dois l’admettre, apporte quelques fois une certaine contenance et d’autres, absolument que dalle. Après vérification, j’ai découvert que l’auteure fait effectivement dans le movie. Cela se ressent dans sa façon de relater, de dépayser voire dans l’agencement même de l’intrigue, au passage, bien ficelée. Tanya Dubois s’enfuit, vagabonde et passe de Tanya à Amelia Keen, de Amelia à Debra Maze, de Debra à Emma Lark, de Emma à Sonia Lubovic, de Sonia à Paige, de Paige à Jo, et de Jo à Nora Glass. Autant de noms que de vies et d’aventures que l’on prend plaisir à suivre et à vivre aux côtés de cette femme déterminée, fi faisant des quelques simagrées qui jalonnent ce récit.

Mes yeux ont, cependant, souffert à cause de l’emploi abusif des auxiliaires, particulièrement « être » : une grande solution de facilité, un excellent raccourci que l’on empreinte systématiquement, un faux ami qui, nous l’ignorons souvent, tend à appauvrir le style (je vous mets au défi d’en trouver dans cette chronique). Il s’agit, dans ce cas-ci, d’une traduction. Ce qui me pousse à m’interroger sur les limites et aléas d’une réédition en langue étrangère. Le récit représente-t-il une traduction conforme du texte original ? Peut-il subir quelques « reformulations », sachant que les règles peuvent différer d’une langue à une autre ? Vous m’en voyez curieux.

Heureusement, ces bémols se retrouvent vite engloutis par une plume transcendante et sans concession, ainsi que le suspens grandissant.

Si l’on met de côté les scénarios répétitifs et quelques machins tirés par les cheveux (ça se trouve, vous ne les remarquerez même pas ; moi je suis chiant, c’est pour ça), ce bouquin possède un potentiel certain. Partez à la découverte de Tanya. Elle vous fera kiffer, obligé. Rien que pour sa verve, je vous le recommande chaudement. C’est sans parler des secrets conservés à l’abri de tout soupçons et du dénouement ni vu ni connu. Sautez dessus.

Lecture effectuée en écoutant :

  • Unstoppable, Sia
  • Not Afraid, Em’
  • Guts Over Fear, Eminem & Sia

9 commentaires sur “Elles – Lisa Lutz

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  1. Je ne connais pas du tout mais ton article me donne grave envie de le lire !
    Et je découvre ton blog par la même occasion (grâce au prix des auteurs inconnus, auquel je participe cette année pour la première fois).

    J'aime

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