Diner with a sexy boy #1 : Jc Staignier

21h 32. Comme le temps passe vite. Il ne pourra, décidément, pas répondre aux 312 messages qui l’attendent dans sa messagerie Facebook. Pas ce soir, en tout cas. Ça l’embête, mais il n’a pas le choix. Une cannette de bière dans une main, son portable dans l’autre, il traverse le couloir et part se vautrer dans ce fauteuil visiblement ravi de l’accueillir, pense-t-il, amusé du ridicule de son idée.

***

Isabelle Staignier se trémousse dans son pyjama pilou, une chanson de Elvis Presley – au titre inconnu – aux lèvres. L’idée de discuter avec ce mec qui lui fait perdre la tête depuis des mois lui fait découvrir une fougue qu’elle ne se soupçonnait pas le moins du monde d’avoir. Elle devrait pourtant être refroidie à l’heure qu’il est, sachant qu’il était censé la sonner à 20 h. Cela fait à présent deux heures qu’elle est partagée entre l’enthousiasme et l’idée selon laquelle le monsieur l’aurait tout simplement zappée. Après tout, ce mec doit être du genre à enchaîner les conquêtes à une telle vitesse que la seule chose qui doit rester dans sa caboche, c’est la couleur du string de la dernière à être passée dans son lit, pour peu qu’il s’en donne la peine. Mais le rêve est plus fort que la désillusion, l’espoir plus tenace que l’affliction.

21h40. La sonnerie de son portable retentit. C’est lui. Elle se jette dessus manquant de s’arracher un orteil.

– Allô ! dit-elle, le souffle court.

Euloge : Tout va comme tu veux ?

Jc : Oui, merci.

Euloge : Bon, je t’appelle tout à l’heure. Je vais prendre une douche. D’ici-là, fais-toi sexy.

Jc : Je…

Elle n’a même pas le temps de finir sa phrase que le mec a déjà raccroché. C’est quoi ce bordel ! Se dit-elle. J’ai attendu tout ce temps pour ça ? Soudain, elle se sent envahir par une colère noire. Ce mec se fout de sa gueule, elle en est certaine.

22h20. Lorsque son portable se met à vibrer après une attente qui lui a semblée interminable, au point de s’être demandée s’il n’avait pas fait exprès de lui donner de faux espoirs pour mieux l’entuber, elle hésite. Mais une fois de plus, le désir l’emporte sur tout le reste.

Jc : Purée, c’est plus une douche, c’est un récurage à la brosse à dents que tu as fais.

Euloge : Je prends soin de mon beau corps.

Il aurait mieux fait de se taire car Isabelle se fait des films, maintenant. Elle se surprend à imaginer son corps tout nu allongé à ses côtés, ses doigts tripotant ses seins et explorant l’ensemble de son anatomie. Ces tétons durcissent à cette réflexion. Elle plane. Elle plane.

Euloge : Alors, c’est bon ? Tu t’es mise sur ton 31 ?

Sa voix chaude lui ramène sur terre mais la fait rêver encore plus.

Jc : Oui, pyjama pilou et permanente sous mon filet.

Euloge : Non mais je rêve ! Tu parles avec un mec terriblement sexy et c’est tout ce que tu trouves à te mettre ?

Jc : Je réserve les nuisettes pour l’été. Par ce froid, je te vois mal me réchauffer à distance.

Euloge : Je te sors !

Elle étouffe un cri mêlé de surprise et d’exaltation. Elle n’en croit pas ses oreilles. Si ça ne tenait qu’à elle, elle aurait fait 10 minutes de silence, question d’immortaliser l’instant. Mais le monsieur au bout du fil attend une réponse. Il ne faudrait surtout pas qu’il se ravise.

Jc : Où ? Au restaurant ou dans ma cuisine ?

Euloge : Je te laisse choisir.

Jc : Je vais choisir le restaurant. Je ne suis pas obligée de porter de mon tablier et nous ne sommes pas seuls tous les deux, ce qui est préférable pour préserver notre réputation de gens sérieux.

En vrai, elle aimerait qu’il lui prenne dans tous les sens sur sa table à manger. Mais elle veut faire bonne figure.

Euloge : Oui bien sûr. Mais tu comptes aller au resto avec ton pilou ?

Jc :Non, je me suis changée. Je porte une petite robe noire moulante. J’ai mis dessous une gaine qui aplatit mon ventre et des talons de 5 cm. Je me regarde dans le miroir sur pied. Oufti, mes bourrelets sont remontés jusqu’au menton. Mets des semelles compensées, car je crois bien qu’avec mes échasses, je suis plus grande que toi.

***

Euloge : Ça va. Tu m’as l’air pas trop à gerber.

Euloge : Boisson ?

Jc : Du champagne. Tu assumeras la note ?

Euloge : Je prends tout en charge, mets-toi à l’aise, belle dame.

Jc : Super ! Je commence déjà à enlever ces putains de talons et je suis pieds nus sous la table.

Euloge : Comme ça on est lancé. Le reste suivra facilement.

Jc : Et je précise que je ne suis pas venue en décapotable. Je coiffe toujours mes cheveux de cette manière.

Euloge : Ah je me disais bien. On dirait que des oiseaux sont passés par là. Au moins, je ne craindrai pas de défaire tes cheveux quand je te chevaucherai.

La température corporelle d’Isabelle grimpe.

Euloge : Alors, bien installée ? Tu te rends compte de la chance que tu as de dîner avec moi ?

Jc : Non, pas encore. Mon coeur bat la chamade, je ne sais pas si c’est à cause de ma tension défaillante ou si c’est sur le coup de l’émotion.

Euloge : Laisse moi prendre soin de toi.. Tu aimes quoi, en général, dans la vie ?

Jc : Les mots doux. J’aime les lire, les écrire, les dire et les entendre.

Euloge : Ça nous fait un point commun. D’ailleurs ta manière de parler a la particularité de faire frétiller quelque chose en moi.

Jc : Mon Dieu ! Ce n’est donc pas la queue du chat qui attend à côté de la table un morceau de notre plat, qui fait du vent sur mes jambes ?

Euloge : Il faut croire que non. C’est quoi le joli prénom que ta maman t’a donnée, déjà ?

Je le savais, il n’a pas retenu mon prénom ! se dit Isabelle pour elle-même.

Jc : Isabelle.

Euloge : Eh bien, je ne vais certainement pas taper dans l’originalité, mais permets-moi de te dire que Isa est belle. Très belle.

Jc : Ce n’est pas original, mais les mots les plus simples peuvent se révéler les plus beaux lorsqu’ils sont sincères.

Euloge : Tu ne crois pas si bien dire.

Jc : Une question se pose. Je sais que ce soir toutes les filles rêvent d’être à ma place, pourquoi moi ?

Euloge : Bonne question. Il se trouve que je suis très loin d’être insensible à tes beaux petits yeux, à ta chevelure style nid d’oiseaux, à ton 90 C, mais surtout à ta verve.. Et étant donné que tu aimes les mots doux, j’espère que tu laisseras les miens ruisseler le long de ton corps

Jc : Tu me ressers un verre de champagne, s’il te plaît ?

Euloge : Mais bien sûr, à ton service, beauté. T’as chaud ?

Jc : Pfiou ! Ma température corporelle dépasse les normes autorisées.

Euloge : Tu peux compter sur mes mots pour apaiser les pulsations de ton coeur.

Isabelle a chaud. Extrêmement chaud.

Euloge : C’est quoi ton plat préféré ?

Jc : Je n’en ai pas, la gastronomie est pour moi un plaisir de la vie. J’aime les cuisines du monde et les spécialités. La bonne question serait ce que je n’aime pas : les huîtres et la compote de pommes. Si c’est une obligation de faire un choix, j’adore le couscous.

Euloge : Encore un point commun. Le couscous, c’est la vie. Plutôt thé ou café ?

Jc : Thé, je ne bois de café. Un thé à la menthe bien sucré. Pas en sachet, la menthe infusée du jardin.

Euloge : Yes !

Ce mec la fait fondre.

Euloge : Ça va, tu passes une bonne soirée ?

Jc : Excellente. Cependant, si tu lorgnes encore la serveuse blonde à forte poitrine, je lui mets un coup de mes chaussures à talons dans l’oeil !

Euloge : C’est qu’il y a marqué « J’adore ken » sur son tee-shirt. Sais-tu ce que ça veut dire ?

Jc : Que c’est une connasse de Barbie !

Euloge : Oui, je me disais aussi.

Jc : Tu ne t’ennuies pas trop, Euloge ? Il me semble que tu ne manges pas grand chose.

Euloge : Présentement, tes mots suffisent à me nourrir. Et je ne vois pas comment je pourrais m’ennuyer avec une telle merveille en face de moi.

Jc : Et pourtant, ce n’est que la surface, tu n’as pas encore trouvé la perle que renferme cette huitre.

Euloge : Intéressant.. Est-il possible que je la trouve ?

Jc : Il faut y aller avec délicatesse. Sait-on jamais, la coquille pourrait se refermer sur tes doigts

Euloge : Oh mais je sais y faire avec mes doigts, tu sais ?

Ça y est, la culotte de Isabelle est trempée.

Euloge : Que recherches-tu chez un homme ?

Jc : Depuis, ma jeunesse, je fais fuir les hommes, ils n’apprécient pas mon sens de l’humour et se sentent souvent insultés comme si je me moquais d’eux. Sinon, comme tout femme, celui qui dans son regard te fait sentir que tu n’es plus une pierre sans éclat, mais un diamant étincelant. Je te retourne cette question hyper intéressante. Que recherches-tu chez une femme ?

Euloge : Le sens de l’humour est déjà un excellent point. Mais aussi une femme qui sache panser mes plaies, une femme dont la pensée me plait.. Une femme qui n’a pas les abdos de Aqua man à la place du cerveau.

Jc : C’est tout moi. Il n’y a pas photo, je n’ai pas les abdos de Aqua man, je n’ai même pas d’abdo du tout. Mais je garde chaud en hiver. Tu es frileux ?

Euloge : Non, mais très réservé. Quand je dis que c’est une chance de m’avoir là, devant toi, durant tout ce temps, ce ne sont pas des paroles en l’air.

Jc : Ce n’est pas notre premier restaurant ensemble. Tu te souviens de celui où tu dînes avec une charmante demoiselle et que j’arrive interrompre votre merveilleux tête à tête ? Un rêve si je me souviens bien.

Euloge : Oui, un rêve. Tu y étais aussi rayonnante qu’aujourd’hui, d’ailleurs

Jc : Et je réclamais un bisou, mais il ne m’était pas destiné. Dommage, le rêve s’arrête là.

Euloge : Oui. Dommage. Dis moi, que penses-tu de la polygamie ?

Jc : Je ne sais pas, je n’y ai jamais été. Mais si tu me payes le voyage..

Euloge : Je n’en pense que du mal. Alors, je n’oserais pas t’offrir un voyage aussi périlleux. Je préfère t’offrir l’exclusivité…

Elle mouille tellement que son siège devient humide.

Euloge : Que penses-tu de la place qu’occupe la femme dans la société actuelle ?

Jc : Je ne suis pas une féministe. La femme veut être l’égale de l’homme depuis des lustres. Elle accéde à des postes de plus en plus prestigieux, négligeant souvent sa famille ou ses enfants et le monde fout le camp. Je ne suis pas une femme soumise qui dit oui à tout, mais je pense que la femme en tentant de ressembler à l’homme oublie son rôle majeur dans cette société : donner et non prendre.

Euloge : Je ne pense pas que le but soit de « ressembler à l’homme ». Mais de ne pas être considérée comme inférieure à lui. Après, c’est vrai que, parfois, certaines confondent égalité et équité.

Jc : En effet.

Jc : 1 heure du mat ! Ma marraine la fée m’avait bien dit de rentrer avant minuit. Mon carrosse va se transformer en citrouille, ma robe noire sexy en pyjama pilou, mes chaussures à haut talons en pantouffle. Il va falloir que je m’éclipse en courant. Pour que tu me retrouves, je perdrai une chaussure en partant et j’espère beau prince que tu ne tromperas pas de princesse. Je fais du 38, je pense que toutes tes autres fans sur ton blog font du 36 ou du 41.

Euloge : Passe une bonne soirée, princesse. Ton beau prince a été enchanté de dîner avec toi

Jc : Bonne soirée à toi aussi. J’espère que nous aurons très récemment l’occasion de se refaire une soirée et plus si affinités.

To be continued.

18 commentaires sur “Diner with a sexy boy #1 : Jc Staignier

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  1. 😂😭😂 je découvre ton côté prétentieux, le côté enfoiré je le connaissais déjà 😂!
    La référence à ton rêve, j’en peux plus tellement je rigole!
    Super Rdv, Cendrillon est la personne la plus magnifique en pilou ou pas!

    Aimé par 1 personne

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