Sans elle – Amélie Antoine

Il y a de ces livres salement verbeux, atrocement rébarbatifs, impoliment superfétatoires… Ceux que vous n’avez même pas besoin de chasser de votre esprit tellement ils sprintent. Ils s’échappent seuls sans crier gare ! Il y a ceux qui suscitent un engouement éphémère, ceux qui vous procurent un plaisir effervescent, furtif, volatile. Que vous oubliez aussi vite que l’éjaculateur précoce que vous êtes dégainez. Aussitôt lu, aussitôt épongé. Puis il y a ceux qui vous marquent au fer rouge, ceux qui laissent une empreinte indélébile dans votre cœur – si coeur il y a ( y a tellement mieux comme organe) – , dans votre tête, dans votre esprit, dans votre subconscient même. Ceux dont la douce mélodie ou le cri strident résonne encore des heures, des jours, des semaines après lecture. « Sans elle » fait partie de quelle catégorie ? Sherlock mène l’enquête.

J’ai sauté sur l’occasion de faire l’amour avec Amélie Antoine avec ce livre. Puis, apparemment, il y avait Solène Bakowski à la clé. TOUJOURS DIRE OUI À UN PLAN À TROIS, TOUJOURS. Il me tardait de découvrir ces auteures et leur projet commun m’a paru être une bonne occasion. Deux histoires, deux destins, un même point de départ, un seul événement qui cloisonne les deux.

J’ai commencé sans elle pour la retrouver plus tard et jouer au prince charmant, au grand chevalier salvateur. J’arrive chérie, minute. Il s’agit d’une histoire de manque, de deuil, d’amitié, de fraternité et bien plus qui soulève des questions qui pousseront le lecteur à une profonde introspection, mais je vous rassure tout de suite, on est très très loin des conseils du manitou « routinologue » (Niark Niark). On se demandera à quel point un petit detail peut se répercuter infiniment dans le futur. Une petite seconde de distraction, un regard trop appuyé, un lacet défait, un cunilingus mal fait… À quel point un petit événement d’un rien du tout peut tout chambouler.

Ce soir du 14 Juillet, Coline, 6 ans, est punie. Elle doit rester dans sa chambre à compter les moutons pendant que Jessica, sa soeur jumelle, profite du feu d’artifice, s’abreuve des couleurs chatoyantes, de l’excitation de la foule, du spectacle qu’elle imagine grandiose. Elle le sait. Ce qu’elle ignore, c’est que l’espace d’une seconde, Jessica a été séparée de sa mère et qu’elle demeurera portée disparue jusqu’àààààààà… Coline pourrait pourtant s’estimer chanceuse d’être celle qui a été punie ce soir, d’être celle qui est toujours LÀ. Mais à quel prix ?

Sans elle, c’est le combat d’une famille dont l’harmonie a été brisée, dont la beauté a été ternie, dont le charme a été rompu. Le combat d’un couple qui s’étiole, se désagrège au rythme des schproums quotidiens. La lutte infernale d’une mère avachie, pusillanime, obnubilée par l’idée de retrouver sa petite fille portée disparue quitte à s’éloigner de celle toujours présente, de celle qui a toujours vécu dans l’ombre de l’autre, de celle qui ne demande qu’à être aimée, REGARDÉE. Le questionnement, l’inquiétude et la frustration d’une enfant obligée de grandir plus vite que prévu. Il y a le manque viscéral, la culpabilité, la dépression, le déni, la crainte de sombrer dans l’oubli. S’accrocher aux souvenirs, à des bribes d’espoir, rien que ça.

A-t-on conscience, lorsqu’on vit quelque chose, que ce moment se transformera en un souvenir qu’on chérira de toutes nos forces plus tard ?

Si le projet, en soi, est assez originale, l’idée directrice de ce livre – à savoir la disparition d’une mineur – n’en reste pas moins banale à première vue. Le lecteur lambda pourrait facilement zapper. Il va sans dire qu’il commettrait là une erreur monumentale du genre qui nuit à la sécurité nationale.

Amélie Antoine livre, dans ce bouquin, un récit d’une grande qualité. De sa plume incisive et mélodieuse à la limite de l’élégie, elle entraine le lecteur dans les profondeurs d’une famille des truites (oups), le pousse dans ses retranchements. Un récit saisissant, percutant, d’une justesse aiguë  qui dénote une maîtrise linguistique remarquable. La syntaxe, les tournures des phrases, les substantifs, que d’éléments parfaitement maîtrisés pour un délicieux cocktail linguistique. Il y a cette sorte de fourberie subtile dans sa façon d’écrire, un genre de manipulation déguisée, un espèce de tripatouillage mesquin qui lui permet de mener le lecteur à la baguette à tel point qu’il ne souhaite aucunement perdre une miette de l’histoire. Si elle n’y va pas par le dos de la cuillère, elle sait néanmoins chatouiller habilement son lecteur, le caresser dans le sens du poil. Désolé, je suis difficile mais pas quand on me caresse. Donc, excusez mon manque d’objectivité. Euh en fait, non, je m’en branle comme de l’an 40.

L’atmosphère est austère et pesante. Le questionnement demeure en filigrane tout le long du récit : que s’est-il donc passé ce soir du 14 Juillet 2004 ? Qu’est-il arrivé à cette pauvre fille pleine de vie ? Progressivement, le questionnement laisse place au doute, à la frustration –  les pires scénarios sont imaginés -, à l’abdiquation pour certains et j’en passe. L’auteure sait placer le lecteur au cœur de l’action et l’immerger graduellement dans les abysses du cerveau de ses personnages qu’elle a pris le temps d’esquisser, de fignoler pour un résultat plus humain qu’humain. L’humanité des différents protagonistes rajoute une note positive à cette mélodie rythmée et enivrante. Le brillant étalage de leurs différents points de vues permet, quant à lui, de dresser le profil psychologique de chacun d’eux. Imagé, est ce récit, à souhait. Je la verrais bien en scénariste (passez à mon bureau, m’dame).

Bon, écoutez, on va couper court. Vous l’aurez compris, ou pas, parce que d’après certaines mauvaises langues, avec mes chroniques, on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon. Vous y croyez, vous ? Pourquoi tant de haine sur cette planète ! À ce rythme, je vais finir par prendre mon inscription pour Poudlard. Donc voilà, Amélie Antoine nous a pondu un magnifique roman psychologique. Un livre secouant, du genre qui vous met les tripes en vrac. Sortir indemne de cette lecture ? Never. Elle sait y faire. Sautez tout de suite dessus. Je précise, sur le livre, pas sur l’auteure. Laissez la moi. Vous ne serez pas déçu, parole de sex-symbo. Verdict : Excellentissimo ! Et Dieu sait que je n’emploie que très rarement ce mot. Donc, miss Amélia, vous pouvez sortir le champagne.

Lecture effectuée en écoutant : 

  • Read all about it, Emeli Sande
  • Thousand years, Christina Perri
  • Need me, Eminem & Pink

18 commentaires sur “Sans elle – Amélie Antoine

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